Réalisation : Guy Lefranc

Scénario : Georges Neveux, d’après la pièce de Jules Romains

 

Date : 1951 - France

Durée : 98 mn

Acteurs principaux :

  • Louis Jouvet : le docteur Knock
  • Jean Brochard : le docteur Parpalaid
  • Pierre Renoir : le pharmacien Bousquet
  • Pierre Berlin : l’instituteur Bernard
  • Marguerite Pierry : une cliente
  • Jean Carmet : un client
  • Mireille Perrey : la patronne de l’hôtel
  • Jake Marken : Mme Parpalaid
  • Louis de Funes : un patient

A/ SA

 

Mots-clés :  médecine – conditionnement – marketing – esbrouffe – crédulité

 

knock

Cette féroce – mais amusante – comédie de mœurs fait partie des références majeures du cinéma français.

Le film transpose de façon heureuse la pièce de théâtre éponyme de Jules Romains.

La trame de l’histoire est simple, propre à faire sourire plus d’un patient et …d’un médecin. Un vieux praticien de campagne, le Dr Parpalaid, a cédé sa clientèle au Dr Knock. Celui découvre que Parpalaid se comporte en ami pour ses patients qu’il rassure et soigne au moindre coût, ce qui fait de lui un médecin pauvre. Telle n’est pas son ambition ! Après une brève évaluation de l’état quasi-inexistant des besoins médicaux exprimés, Knock se charge de transformer les habitants du village en deux catégories solidaires : soit en malades soit en personnels attachés à les soigner. Il démontre ses talents de marketing en faisant savoir par le Tambour du village qu’à l’occasion de son arrivée, il offrira une consultation gratuite à tous les habitants du village. Ses talents de persuasion et ses capacités d’organisateur feront le reste.

Sa devise fera date : « Tout bien-portant est un malade qui s’ignore ». La Santé publique souffre de l’ignorance et du déni réunis. Bien avant Internet, Knock prend soin d’éveiller à l’éventualité de la maladie possible.

J’ai utilisé cette référence et le ressort de l’histoire pour faire rire un patient à qui je devais expliquer en quelques minutes denses qu’il devait en passer par une hospitalisation brève pour conforter l’accompagnement durable qui s’imposait, face à ses problèmes. Il s’était servi de l’alcool pour être à la hauteur de ses ambitions professionnelles, puis pour pallier la déception de ses attentes. Il devait affronter désormais une forme d’impasse qui impactait l’avenir de son couple et de sa famille et, consécutivement, son avenir comme personne. Il s’en trouvait perdu et dévalorisé. Le rire lui a permis de mieux écouter.

Knock en alcoologie et en addictologie

Avec le patient suivant, j’ai mis en jeu le paradoxe, l’analogie et les hors-sujet, trois processus cognitifs indispensables pour atténuer les résistances et favoriser l’esprit critique des patients.

Il n’est pas rare qu’un addictologue préfère l’argument d’autorité et la prescription de médicaments peu utiles – qui fait le bonheur du pharmacien Bousquet, au bord de la misère, sans parler des consultations à la chaîne, comme le fait Knock, en privilégiant les jours de marché.

La personne alcoolique se voit habituellement proposer des cures et des postcures dont un des intérêts et de faire vivre les structures, tel l’hôtel du village transformé en hôpital, par des clients fidélisés par des « rechutes » difficilement évitables dans ce type de prise en charge. Il est fréquent que des activités occupationnelles soient préférées, lors de ces séjours, à un accompagnement privilégiant le rétablissement de l’estime et la confiance en soi, la connaissance de soi et l’élaboration mentale, par la présence de « pairs » aidants, avec un accompagnement centré sur ces objectifs.

Knock transforme ceux qu’il reçoit en malades, alors que notre objectif est de les faire évoluer en citoyens bien dans leurs repères.

Reconnaissons un mérite à la méthode du docteur Knock : elle favorise l’emploi, qualité partagée avec les lieux de culte célèbres et, plus largement encore, avec le tourisme et le surtourisme de masse.