Réalisation : Paola Cortellesi
Scénario : Furio Andreotti, Giulia Calenda,
Paola Cortellesi
Date : 2023 Italie Durée : 118mn
Acteurs principaux :
Paola Cortellesi ; Délia, l’épouse
Valerio Mastrandrea : Ivano, le mari
Romana Vergano : Marcella, la fille
Emanuela Fanelli : Marisa : l’amie
Giorgio Colangeli : Ottorino, le beau-père
Yonv Joseph : le soldat William
Vinicio Marchioni : Nino, l’amoureux
A/ SA
Mots-clés : Violence masculine– patriarcat – condition féminine – solidarité intergénérationnelle – Droit de vote
L’histoire de Délia se découvre et il n’est pas nécessaire d’en faire le récit chronologique.
La liberté et l’égalité ont besoin de solidarités et de lois.
Il s’est passé un phénomène curieux, après avoir découvert ce film. Il m’a tellement plu que j’en ai parlé un peu partout et, pris par les contraintes du quotidien, j’ai oublié d’en rédiger la fiche, en étant persuadé l’avoir fait.
La première raison de mon « coup de cœur » est le choix du noir et blanc par la réalisatrice. Il ramène ainsi aux films de l’après-guerre. Le spectateur entre mieux dans le contexte de l’époque, marqué par les inégalités de condition criantes entre hommes-femmes, la pauvreté et des conditions de vie difficiles. L’Italie est encore occupée par des forces militaires nord-américaines. Le film renoue ainsi avec le néo-réalisme italien : Rossellini, De Sica, Germi, Comencini et bien d’autres.
La seconde raison est la façon délicate et cependant claire de traiter la maltraitance subie par les femmes, en lien avec un patriarcat et un machisme enracinés dans la culture et la religion. Ce n’est pas faire preuve d’anticléricalisme, ou même d’impiété sexiste, de relever que Dieu – abstraction aux caractéristiques indéfinies – est identifié à un père, son incarnation à un fils, et les apôtres à des garçons, pas très inspirés au demeurant, les femmes étant admises comme génitrices et servantes. Les monothéismes issus du Moyen-Orient ont donné ainsi un pouvoir discrétionnaire aux mâles. Ivano, le maltraitant, ne manque pas de se rendre à l’office religieux, après avoir battu sa femme ou lui avoir imposé une relation sexuelle.
Ivano devient cependant petit garçon au chevet de son père alité, Ottorino, quand ce dernier lui donne des leçons de modération pour ses violences conjugales. Ottorino lui reproche de ne pas avoir épousé sa cousine. Ivano, le bellâtre, ne l’a pas écouté alors : la cousine était, à la différence de Délia, vraiment trop moche. Il laisse ses jeunes garçons se quereller avec force insultes. Il admet que son épouse fasse des petits boulots en supplément de ses tâches domestiques, pour récupérer sans vergogne ce qu’elle gagne. Il se pomponne et se parfume ostensiblement pour retrouver d’autres femmes. Il joue aux cartes avec d’autres hommes pendant que Délia part faire des piqûres ou remet à neuf des pantalons. Il s’oppose à ce que Marcella, sa fille, poursuive des études. Il échappe de peu – mais il reste encore demain – à la fuite de sa femme tentée de répondre par l’affirmative à la proposition de Nino, le mécanicien, de partir avec lui. Ce dernier va rejoindre une grande ville du Nord, afin de mieux gagner sa vie. Délia en est empêchée par ses responsabilités de mère mais également par la loi religieuse qui interdit le divorce.
Un autre aspect attachant est de constater la réciprocité du lien intergénérationnel entre la mère, Délia, et sa fille, Marcella. Quand Délia comprend que le fiancé de sa fille est une future copie-conforme de son époux, elle n’hésite pas à utiliser les compétences d’un soldat américain, William, avec lequel elle a sympathisé, pour qu’il explose le bar des beaux-parents, profiteurs de guerre. Ruinés, ceux-ci doivent retrouver leur campagne natale, emmenant avec eux leur rejeton. Délia avait économisé de l’argent gagné pour fuir son tyran. Elle le donne à Marcella pour qu’elle parte et s’instruise.
Un des intérêts du film est de montrer les gens du peuple, tel ce groupe de voisines qui travaillent et discutent devant la maison, tout en accueillant Marcella et ses frères pendant que la mère est battue. Tel aussi ce vieux voisin qui se mêle, un temps, aux passes et aux dribbles des garçons autour d’un ballon rond. Une séquence savoureuse est la découverte de la mort de l’horrible beau-père par ce voisin. Le beau-père était mort depuis un moment. Le voisin-ami le ressuscite de plus en plus à mesure qu’il raconte ses derniers moments aux voisins venus pour les condoléances. Une pleureuse non identifiée, de noire vêtue, s’incruste à la veillée funèbre. À un moment, Délia et son amie Marisa se retrouvent seules à côté du mort et en profitent pour exprimer ce qu’elles pensent d’Ottorino.
Solidarité féminine : Marisa était prête à mentir pour couvrir Délia, lors de sa fuite du domicile conjugal ou …le temps du vote. Car l’histoire s’achève sur le premier vote des italiennes en faveur de la République et de la constitution d’un parlement. Ivano venu ramener sa femme à la maison doit accepter un premier geste d’indépendance, face à la masse des autres femmes venues voter. Et il reste encore demain !