Réalisation : Christian-Jacques

Scénario : Christian-Jacques, Pierre Jarry, Pierre Very, d’après le roman de Stendhal

 

Date : 1948 - France

Durée : 170 mn

Acteurs principaux :

Gérard Philippe : Fabrice Del Dongo

Maria Casarès : La duchesse Sanseverina

Cécile Faure : Clélia Conti

Louis Salou : le prince Ernest IV

Louis Seigner : Grillo

Tullio Carminati : le comte Mosca

Lucien Coëdel : Rassi

A/ SA

 

Mots-clés :  mélodrame – relations amoureuses – perversion – cristallisation amoureuse – fourberie

lachartrisuedeparme

 

Ce film eut un vif succès en son temps et nous pouvons le comprendre. Il mérite d’être découvert pour connaître, si besoin, un auteur du XIXème, admirateur de Napoléon 1er, Henri Beyle dit Stendhal, également célèbre pour un autre roman « Le rouge et le noir ». Il permet de découvrir un acteur trop tôt disparu, Gérard Philippe, plus beau, de notre point de vue, et plus inspirant qu’Alain Delon lui-même ! Il était également un acteur de théâtre remarquable. Artiste de l’après-guerre, politiquement proche du parti communiste, il mourut prématurément à 38 ans, d’un cancer du foie (ce qui laisse perplexe le gastro-entérologue que je fus car les cancers primitifs du foie sont exceptionnels dans la population française).

Le film donne une version allégée mais non aseptisée du roman, tout en durant tout de même 170mn, ce qui était très long pour les films de cette époque.

Les aléas des relations amoureuses

 

Fabrice Del Dongo est le protégé de la duchesse Gina Sanseverina, sa tante. Elle a assuré son éducation quand il était enfant. Elle a une liaison confortable avec le Comte Mosca, Premier Ministre du tyranneau de Parme, le pathétique Prince Ernest IV. Cela n’empêche pas la duchesse d’être follement amoureuse de son neveu. Fabrice a choisi l’Eglise pour faire carrière mais il s’est révélé être un bourreau des cœurs. Il séduit la compagne d’un artiste forain. Surpris par ce dernier, il le tue pour se défendre et le voilà en prison, dans une sinistre tour gardée et sécurisée par le général Conti, un moustachu stupide, délicatement sadique. Fabrice découvre depuis la fenêtre de sa cellule, l’ingénue Clélia, fille du Général et amie des oiseaux en cage, et en tombe amoureux, par l’effet de la cristallisation amoureuse, un processus mental où la projection sur l’objet aimé l’emporte de loin sur la connaissance du dit-objet, ce qui est, somme toutes, banal. Ce petit monde est pas mal dérangé, sexuellement parlant. La tante couvre son neveu d’un désir quasi-incestueux. Elle obsède elle-même le prince d’opérette qui parviendra à ses fins, la concernant, lorsqu’il s’agira de sacrifier la vertu de la tante contre la libération du neveu, menacé par une étrange épidémie fatale au sein de la prison. C’est que nous sommes au cœur des intrigues de palais. Elles alimentent de sombres pratiques. Ainsi la place de Premier Ministre du Comte Mosca est convoitée par Bassi, chef de la Police – rien à voir avec notre Fouché national, le tueur en série de Lyon, le rival d’un autre spécialiste en veste retournée, Emmanuel Talleyrand. Bassi est un abruti dévoré d’ambition mais dépourvu de scrupules. Il a trouvé une place de géôlier au cauteleux Grillo, savoureusement joué par Louis Seigner. Cet ex-religieux a abusé et tué une fillette et, depuis, a trouvé un abri professionnel dans la sinistre prison. Bassi le charge d’empoisonner Fabrice, mais de le faire habilement, en empoisonnant d’autres prisonniers politiques pour donner l’impression d’une sorte d’épidémie. Quand on aime, on ne compte pas.

Tout est bien, qui finira presque bien. Ernest IV, le tyranneau est tué par un révolutionnaire romantique, qui sera tué sur le champ, à son tour. Grillo est tué par la foule qui aspire à la République.

Fabrice, après avoir erré des jours entiers, derrière les grilles de la maison de Clélia, finit par avoir une nuit d’amour avec elle.

Mais comme il faut une fin à tout, celle-ci rejoint par devoir son mari richissime, qui l’a épousée en sachant qu’elle en aimait un autre. Fabrice, désespéré, opte pour la vie religieuse, au sein de la chartreuse de Parme. La Sansévérina quitte la cour du défunt Prince pour Naples, avec le Comte Mosca, qui a su être patient.

Il faut relever quelques différences entre le film et le roman. Dans celui-ci Fabrice devient un prédicateur de renom et il poursuit sa liaison avec Clélia, dont il a un enfant. Hélas, l’enfant meurt. Sa mère est rongée par le remord. Elle meurt et c’est à ce moment-là seulement que Fabrice intègre le couvent. On meurt beaucoup dans cette histoire.