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Triple décalage

Indépendamment de ses qualités esthétiques et de son intérêt documentaire, « L’arbre aux sabots » interpelle par les

décalages entre 

  • le moment de l’histoire, à savoir la fin du XIXe siècle, en Lombardie, près de Bergame,
  • la date du tournage – 1978,
  • et le regard que nous pouvons porter sur cette œuvre aujourd’hui.

Ce film d’Ermano Olmi a reçu, à sa sortie, la palme d’or au festival de Cannes.

Les paysans de cette grande

métairie sont illettrés et doublement soumis à la religion et au propriétaire des terres. À aucun moment, ne se manifeste le moindre signe de révolte face aux difficultés du quotidien mais également face au double despotisme du propriétaire des terres et de la Religion. 

En dépit de la proximité et de la solidarité manifeste entre les quatre familles, Batisti ainsi que sa famille seront chassés de la ferme sans que les autres paysans ne fassent quoi que ce soit. 

Le plus ahurissant de ce récit de mœurs concerne la nuit de noce du jeune couple et – si l’on peut dire – de leur cadeau de noce. Non contents d’avoir scrupuleusement suivi les traditions avant et pendant leur mariage, les amoureux sont expédiés pour leur nuit de noce dans un couvent où vit une tante religieuse. Ils ont le plaisir de passer leur nuit de noces dans un dortoir désaffecté pour la circonstance, en bénéficiant du rapprochement de deux des lits monastiques. Cerise sur le gâteau : la tante religieuse leur fait don, le lendemain matin, d’un bébé qu’ils devront élever, le lendemain matin. En effet le couvent prend en charge des enfants abandonnés, à qui il s’agit de donner des parents d’adoption. 

Le recours à la prière individuelle ou collective fait partie des usages. La mort annoncée de la vache nourricière d’une famille suscite une ardente prière de la part d’une veuve, mère de plusieurs enfants. Les soirées sont aussi bien occupées par la récitation de prières que par l’évocation de bonnes histoires drôles. 

Olmi avait des origines paysannes. Il était lombard et croyant pratiquant. Son film n’a aucune visée subversive ou critique. Il peut être vu au premier degré. Une séquence enregistre la mort d’un cochon, saigné, rasé et dépecé pour faire de la nourriture, comme cela s’est toujours fait dans les campagnes d’Europe. Le curé du lieu supervise la vie de ces gens simples. Il représente l’autorité, alors que le propriétaire-fermier exerce un pouvoir discrétionnaire. C’est lui qui décide d’envoyer un des enfants de Batisti à l’école.

Au-delà de l’histoire, on peut réfléchir à des questions d’ordre général, telles que le lien entre la culture, l’autorité, l’esprit critique, le pouvoir et la religion, soit un débat sans fin, dans le cadre d’un atelier-cinéma.