17-03-2025

 

Les difficultés de faire la part des choses entre les réalités, ce qu’il en est dit et ce qu’il en est compris sont en progression continue et ne peuvent manquer d’inquiéter chacun d’entre nous. Pour preuve, l’accroissement des basculements dans des délires interprétatifs dans le cadre de la pratique professionnelle d’un psychiatre addictologue. Ces perturbations mentales peuvent conduire certaines personnes à des passages à l’acte, et, consécutivement, à des séjours en psychiatrie ou en prison. Les troubles interprétatifs peuvent être plus discrets, tout en étant durables, au point de constituer un état de méfiance plus ou moins orientée, systématisée et entretenue, justifiant l’expression – en vogue – de complotiste. La frontière entre la distorsion cognitive et l’usage maitrisé de l’esprit critique peut devenir très mince, aboutissant à être en difficulté pour faire la part des choses. « En quoi cette personne que je connais, dont j’apprécie, de longue date, la justesse d’observation, reste-t-elle dans un rapport correct à la réalité ? » « Quelle confiance dois-je accorder à tel document trouvé sur Internet, censé révéler une situation méconnue ou des connaissances ignorées ? » Comment faire la part des choses entre les faits établis et la justesse des interprétations ? À qui faire confiance ? Comment échapper à sa propre ignorance, à sa propre subjectivité ? …à la subjectivité de son groupe d’appartenance ?

Les substances psychoactives du narcotrafic jouent un rôle privilégié dans ces décollages du réel mais nous savons bien que l’alcool peut générer un état de psychose, habituellement mais non obligatoirement réversible à l’arrêt. Tant que l’alcool reste tant soit peu présent, subsistent des troubles interprétatifs qui peuvent entraver efficacement toute remise en cause des opinions de la personne concernée.

Cela étant, les troubles interprétatifs, les dissonances cognitives et, plus banalement, les partis-pris et les préjugés d’appartenance n’ont nul besoin d’adjuvant chimique pour s’épanouir.

La période du covid a été une démonstration d’école. Il nous manque des travaux de recherche scientifique sur les diverses raisons et les procédés mis en jeu pour conditionner et soumettre la population.

Cette opération de manipulation de masse et de contrôle social se prolonge aujourd’hui par plusieurs actions similaires à l’échelle planétaire et nationale. Les médias traditionnels et, désormais, les médias numériques orchestrent une confusion continue et intensive entre le vrai, le possible, l’improbable et le faux. Le risque de la généralisation et de l’amalgame fait pendant au développement d’un scepticisme et d’un repli social croissant, d’un désintérêt pour le Politique – ce qui est aussi un effet attendu de la fabrique de l’Opinion. L’imposture et l’insignifiance occupent le devant de la scène. Les problèmes de fond sont traités sur le mode évènementiel et le principe d’actualité, à défaut de susciter des analyses et des réponses conformes à l’intérêt général.

Bref, comment suffisamment faire la part du vrai et du faux pour rester aux commandes de sa vie, pour la rendre aussi douce et utile que possible ?